Temps d’écran chez les enfants au Québec : comment passer d’un écran passif à un écran créatif ?

Comparaison entre un enfant devant un écran passif et une enfant utilisant un écran créatif pour créer une histoire.
L’image illustre la différence entre un écran passif, où l’enfant consomme un contenu, et un écran créatif, où il participe à la création d’une histoire.

Les écrans font déjà partie du quotidien de nombreuses familles québécoises. La vraie question n’est donc plus seulement de savoir s’il faut les éviter à tout prix, mais plutôt de comprendre comment ils sont utilisés, à quel moment, pendant combien de temps et avec quelle intention.

Entre une vidéo regardée en boucle pour occuper un enfant et une activité où il lit, choisit, écoute, répond, crée ou échange avec un parent, l’expérience n’est pas la même. Dans les deux cas, il y a un écran. Mais dans un cas, l’enfant consomme surtout un contenu déjà fait. Dans l’autre, il peut devenir plus actif, plus attentif et plus impliqué.

Les chiffres récents au Québec montrent que les écrans sont présents très tôt dans la vie des enfants. Ils montrent aussi que les familles ne sont pas toutes dans la même réalité. Plutôt que de culpabiliser les parents, cet article propose une lecture plus utile : distinguer l’écran passif de l’écran créatif, et chercher des usages plus équilibrés, plus accompagnés et plus riches pour l’enfant.

Les écrans sont déjà très présents chez les tout-petits au Québec

Selon l’Institut de la statistique du Québec, les habitudes numériques commencent tôt. Dans l’étude Grandir au Québec, les enfants observés sont nés au Québec en 2020-2021, et les données permettent de suivre l’évolution de leurs usages entre environ 17 mois et deux ans et demi.

À environ 17 mois, une partie importante des tout-petits passe déjà au moins une heure par jour devant un écran. Un an plus tard, à deux ans et demi, cette proportion augmente nettement, surtout la fin de semaine. Ce n’est pas un détail : cela veut dire que l’écran s’installe très tôt dans la routine familiale, parfois avant même que l’enfant soit en âge de bien comprendre ce qu’il voit.

25 %

des tout-petits d’environ 17 mois passent au moins une heure par jour devant un écran en semaine.

35 %

des tout-petits d’environ 17 mois atteignent ce seuil la fin de semaine.

43 %

des enfants d’environ deux ans et demi passent au moins une heure par jour devant un écran en semaine.

65 %

des enfants d’environ deux ans et demi atteignent ce seuil la fin de semaine.

Source : Institut de la statistique du Québec, Les écrans et les tout-petits .

Ces chiffres ne veulent pas dire que tous les écrans ont les mêmes effets, ni que toutes les familles les utilisent de la même manière. Ils rappellent plutôt une réalité simple : les écrans sont déjà là. Pour beaucoup de parents, l’enjeu n’est donc pas seulement de les supprimer, mais de mieux les encadrer.

Le problème n’est pas seulement le temps d’écran, mais aussi le type d’usage

Quand on parle de temps d’écran, on met souvent tout dans le même panier. Pourtant, regarder une vidéo, écouter une histoire, faire un appel vidéo avec un grand-parent, jouer à une application, dessiner, lire ou créer une page ne demandent pas la même attention à l’enfant.

Un écran peut être utilisé comme une télévision de fond, comme une récompense rapide, comme un moyen d’occuper l’enfant pendant qu’un parent fait autre chose, ou comme un support d’activité partagée. Le support technique est le même, mais l’expérience vécue par l’enfant peut être très différente.

L’Institut de la statistique du Québec montre justement que les usages varient beaucoup chez les tout-petits d’environ 17 mois. L’activité la plus fréquente reste l’écoute d’émissions, de vidéos en ligne ou de films pour enfants. Mais une part importante des enfants utilise aussi les écrans pour écouter des histoires, des chansons ou des comptines.

39 %

des enfants d’environ 17 mois regardent des émissions, des vidéos en ligne ou des films pour enfants au moins une fois par jour.

27 %

des tout-petits d’environ un an et demi utilisent quotidiennement des écrans pour écouter des histoires, des chansons ou des comptines.

2,8 %

des tout-petits utilisent quotidiennement des jeux ou des applications pour enfants, comme des dessins ou des casse-têtes.

Source : Institut de la statistique du Québec, L’utilisation des écrans chez les tout-petits d’environ un an et demi et leurs parents .

Ces données sont intéressantes parce qu’elles montrent une chose : tous les usages numériques ne se ressemblent pas. Un enfant qui regarde passivement une vidéo n’est pas dans la même posture qu’un enfant qui écoute une histoire avec un parent, répond à des questions, choisit une image ou raconte ce qu’il voit.

Cela ne veut pas dire qu’un écran devient automatiquement éducatif dès qu’il contient une histoire, une chanson ou une image colorée. Un contenu peut se présenter comme éducatif tout en gardant l’enfant très passif. La différence se joue souvent dans l’interaction : est-ce que l’enfant regarde seulement, ou est-ce qu’il participe vraiment ?

Écran passif et écran créatif : quelle différence pour l’enfant ?

Un écran passif est un écran qui capte l’attention sans demander beaucoup d’effort. L’enfant regarde, enchaîne les contenus, reçoit des images, des sons et des stimulations, mais il n’a pas vraiment besoin de réfléchir, de choisir, de formuler une idée ou d’expliquer ce qu’il comprend.

Un écran créatif fonctionne autrement. Il ne se contente pas de divertir. Il invite l’enfant à faire quelque chose : choisir un personnage, écouter une consigne, compléter une phrase, déplacer un élément, répondre à une question, raconter ce qui arrive ou créer une petite scène. L’enfant n’est plus seulement devant l’écran. Il agit avec l’écran.

La nuance est importante, surtout pour les parents qui veulent réduire les usages purement passifs sans forcément éliminer tous les outils numériques. Dans la vraie vie, les familles ont des horaires chargés, des repas à préparer, du travail, des enfants d’âges différents et parfois peu de temps. Le but n’est pas de viser une perfection impossible. Le but est de faire de meilleurs choix quand un écran est utilisé.

Écran passif

L’enfant regarde surtout un contenu déjà préparé. Il peut être absorbé par les images et le rythme, mais il n’a pas beaucoup de décisions à prendre. L’activité commence et se termine souvent sans échange, sans création et sans vraie trace personnelle.

Écran créatif

L’enfant participe davantage. Il choisit, construit, raconte, modifie ou explique. L’écran devient un support pour lire, écouter, créer ou discuter avec un adulte, au lieu d’être seulement une suite de contenus à consommer.

Les recommandations rappellent l’importance de l’équilibre

Les recommandations officielles ne disent pas que l’écran doit devenir une activité centrale dans la vie des enfants. Au contraire, elles rappellent que les jeunes enfants ont besoin de sommeil, de mouvement, de jeu libre, d’échanges avec les adultes, de moments sans écran et d’activités concrètes dans le monde réel.

Le Gouvernement du Québec recommande d’éviter le temps d’écran chez les enfants de moins de deux ans, puis de limiter le temps d’écran à moins d’une heure par jour chez les enfants de deux à cinq ans. L’INSPQ rappelle aussi les repères généralement utilisés au Canada : éviter les écrans pour les deux ans et moins, limiter à moins d’une heure par jour pour les trois à quatre ans, et limiter à moins de deux heures par jour pour les cinq à dix-sept ans.

0-2 ans

Éviter les écrans autant que possible, sauf certains usages particuliers comme la communication avec des proches.

2-5 ans

Viser moins d’une heure par jour, avec un contenu choisi, limité et idéalement accompagné par un adulte.

5-17 ans

Limiter le temps d’écran de loisir à moins de deux heures par jour, tout en préservant le sommeil, l’activité physique et les relations sociales.

Sources : Gouvernement du Québec et Institut national de santé publique du Québec .

Ces repères ne sont pas là pour faire peur. Ils servent à rappeler que l’écran doit rester à sa place. Un enfant ne devrait pas perdre son sommeil, son jeu actif, ses échanges avec les autres ou son temps de lecture parce que l’écran prend toute la place. Même lorsqu’un outil numérique est intéressant, il doit rester un outil, pas devenir le centre de la journée.

Le contexte compte beaucoup : seul, accompagné, avant le dodo ou pendant une activité ?

Le même temps d’écran peut avoir une valeur très différente selon le contexte. Dix minutes seul devant une vidéo automatique ne ressemblent pas à dix minutes où un parent lit une histoire numérique avec son enfant, lui pose des questions et l’aide à raconter ce qu’il comprend.

La Société canadienne de pédiatrie souligne que les jeunes enfants apprennent beaucoup dans les échanges directs avec les parents et les proches. Elle rappelle aussi que certains usages plus interactifs, comme l’heure du conte virtuelle ou les expériences numériques partagées, peuvent être plus intéressants que des usages isolés et passifs.

Cela ne veut pas dire qu’il faut transformer chaque moment devant un écran en activité scolaire. Un enfant a aussi besoin de légèreté. Mais un parent peut changer beaucoup de choses avec de petites interventions : regarder avec l’enfant, lui demander ce qu’il voit, l’inviter à raconter la suite, mettre une limite claire, arrêter avant que la fatigue s’installe, ou choisir un contenu qui demande une participation réelle.

Source : Société canadienne de pédiatrie, Le temps d’écran et les enfants d’âge préscolaire .

Comment transformer un temps d’écran en activité plus créative ?

Transformer un écran passif en écran créatif ne demande pas forcément une grande préparation. La différence vient souvent de l’intention donnée au moment. Au lieu de lancer simplement une vidéo, on peut proposer une petite mission : observer, choisir, raconter, compléter ou créer.

Par exemple, un enfant peut regarder une illustration et dire ce qui se passe. Il peut écouter une histoire courte et choisir une autre fin. Il peut sélectionner un personnage et expliquer pourquoi il l’aime. Il peut inventer le nom d’un lieu, choisir une émotion pour son héros ou ajouter une phrase à une scène.

Ce sont de petits gestes, mais ils changent la posture de l’enfant. Il ne fait pas seulement défiler du contenu. Il met quelque chose de lui dans l’activité. Il réfléchit, même un peu. Il verbalise, même avec des phrases simples. Il choisit, même si son choix paraît minuscule. Et souvent, c’est là que l’écran devient moins automatique et plus utile.

Faire parler l’enfant

Lui demander ce qu’il voit, ce qu’il pense ou ce qui pourrait arriver ensuite.

Laisser un choix réel

Lui permettre de choisir un personnage, une image, une scène ou une direction.

Relier à la lecture

Lire quelques phrases, écouter une histoire, puis revenir sur ce qui a été compris.

Créer une trace

Terminer avec une phrase, une page, une idée ou une petite histoire que l’enfant peut revoir.

Un écran créatif ne remplace pas le jeu, les livres et les moments sans écran

Il faut être clair : même un bon outil numérique ne remplace pas tout. Un enfant a besoin de bouger, de jouer avec ses mains, de manipuler des objets, de regarder de vrais livres, de sortir, de s’ennuyer parfois, de parler avec les adultes et de vivre des moments sans stimulation numérique.

L’objectif n’est donc pas de dire que l’écran créatif devrait prendre plus de place dans la journée. L’objectif est plutôt de mieux utiliser les moments où l’écran est déjà présent. Si une famille utilise déjà une tablette ou un ordinateur, il peut être plus intéressant de consacrer une partie de ce temps à une activité de lecture, d’écoute, de création ou de discussion, plutôt qu’à une consommation automatique de vidéos.

Cette nuance est importante pour éviter deux discours extrêmes. D’un côté, il serait faux de présenter tous les écrans comme mauvais dans toutes les situations. De l’autre, il serait dangereux de prétendre qu’un outil numérique, même éducatif, peut remplacer les interactions humaines, les livres, le sommeil ou le jeu libre.

Ce que Monistoire veut encourager

Monistoire s’inscrit dans cette idée d’un usage plus actif du numérique. L’objectif n’est pas de mettre l’enfant devant un écran pour qu’il consomme une suite de contenus sans participer. L’objectif est de lui proposer un espace où il peut lire, écouter, choisir, personnaliser et créer des histoires, seul ou avec l’aide d’un parent.

Dans le Studio Monistoire, l’écran devient un support de création. L’enfant peut partir d’une histoire existante, d’un modèle ou d’une idée, puis avancer progressivement. Il peut modifier un texte, ajouter une scène, choisir des personnages, construire une page, écouter son histoire et la reprendre plus tard.

Ce qui compte, ce n’est pas que l’enfant produise une histoire parfaite. Ce qui compte, c’est qu’il ne soit pas seulement spectateur. Il participe. Il choisit. Il essaie. Il transforme. Et lorsqu’un parent accompagne ce moment, l’activité peut devenir aussi une conversation autour des mots, des images, des personnages et des idées.

Conclusion : moins d’écran automatique, plus d’écran intentionnel

Les chiffres québécois montrent que les écrans sont déjà présents très tôt dans la vie des enfants. À deux ans et demi, une proportion importante de tout-petits passe au moins une heure par jour devant un écran, surtout la fin de semaine. Face à cette réalité, la réponse ne peut pas seulement être théorique. Les familles ont besoin de repères simples, réalistes et applicables.

La priorité reste l’équilibre : du sommeil, du mouvement, du jeu libre, des livres, des échanges et des moments sans écran. Mais lorsque l’écran est utilisé, il est possible de chercher une meilleure qualité d’usage. Un écran qui invite l’enfant à créer, raconter, lire ou discuter n’a pas la même valeur qu’un écran qui le garde simplement immobile devant une vidéo.

Passer d’un écran passif à un écran créatif, ce n’est pas ajouter plus d’écran dans la vie de l’enfant. C’est essayer de mieux utiliser les moments numériques qui existent déjà. Et parfois, quelques minutes bien accompagnées peuvent suffire pour transformer un simple temps d’écran en petit moment de lecture, de langage et de création.


Sources utilisées